• Erwan

Quanzhou

Quanzhou n'est aujourd'hui ni très connue ni très visitée. Et pourtant, jusqu'au XV ème siècle, cette ville était le port le plus important du monde, devant Alexandrie ou Constantinople. Elle était la porte maritime de la route de la soie, où les marchands venus d'Inde et d'Arabie commerçaient des produits revendus en Europe et au Moyen Orient. Marco Polo quitta la Chine depuis cette ville.

Elle reste présente dans notre culture au travers du mot « satin », dérivé arabisé du nom ancien de la ville : Zaytun. Ce tissu de soie brillant était en effet une des principales exportations de la Chine à destination de l'étranger, un secret jalousement gardé.

Après la fermeture des frontières sous la dynastie Ming, le port s'est ensablé et la ville a périclité. Mais elle conserve encore des traces de son glorieux passé et des influences étrangères.


Un bâtiment moderne, loin du cliché du bloc de béton chinois

Ici, vous ne verrez pas non plus ces gigantesques immeubles chinois reproduis en série. La municipalité applique une politique urbaine stricte et interdit les constructions trop hautes dans le centre ville, tout en obligeant les nouveaux bâtiments à avoir une architecture locale (toits incurvés typiques de la région, brique...) ce qui confère un charme que n'ont pas d'autres villes chinoises. Quanzhou a gardé un côté très provincial, plus calme que les grandes mégapoles modernes chinoises et permet de découvrir une autre facette du pays. Si vous voulez quand même voir des alignements d'immeubles à la chinoise, il vous faudra aller en banlieue !

Moi je leur trouve un certain charme à ces immeubles en série

Rue Tumen 涂门街 :

Le bassin et le pavillon central du Wenmiao, le temple de la littérature

Aujourd'hui, la tradition de tolérance de la ville se retrouve dans les lieux de culte de différentes religions qui se côtoient parfois dans la même rue. La Rue Tumen accueille un temple de la littérature, dédié à Confucius, très calme, avec un étang où nagent des carpes. Le Confucianisme n'est pas tant une religion qu'une philosophie dont le fondateur a été divinisé. Ces temples étaient souvent accompagnés d'une école chargée d'enseigner cette philosophie.

L'intérieur de l'ancienne mosquée

À quelques pas, on trouve la mosquée Qingjing, la plus ancienne mosquée de Chine, fondée en 1009. Du bâtiment d'origine, il ne reste que des ruines et la porte d'entrée, dans le style architectural de Damas qui a été reproduit par la communauté de marchands musulmans qui vivait autrefois ici. La nouvelle mosquée, qui a à peine dix ans vaut le coup d'oeil, ne serait ce que pour son jardin planté d'osmanthus, des buissons aux petites fleurs blanches qui répandent la meilleure odeur au monde ! ( Quand c'est la saison )

La porte des Enfers, littéralement

Juste à côté se trouve un immense temple taoïste dans le style exubérant du Fujian, qui attire les foules, venues prier le Général Guangdi. Devant, il y a beaucoup de marchands ambulants d'amulettes et d'offrandes. Les différents halls sont toujours plein de monde priant, tirant l'oracle, brûlant de l'encens... C'est clairement le temple le plus populaire de la ville. Mais surtout, le plus impressionnant c'est le brûle papier gigantesque dans lequel les gens jettent de « l'argent » pour les morts : du papier jaune et béni qu'on brûle pour qu'il rejoigne l'au delà et permette à ses proches décédés de vivre confortablement après leur mort. La chaleur qu'il dégage fait qu'il faut mieux ne pas s'en approcher.




Au Fujian, les toits des temples se distinguent par leur exubérance de couleurs et de personnages

Le canal derrière la rue Tumen est une promenade courte mais calme


Derrière ces lieux de culte, il y a un canal qui traverse la ville et un quartier d'antiquaires. On y trouve de très belles pièces, allant de vieilles monnaies à des peintures, en passant par les armes anciennes et les affiches de Mao. Il faudra par contre négocier durement.





Temple Kaiyuan 开元寺 :

Au printemps, le temple se couvre de bouquets de fleurs

Plus au centre de la ville se dressent les deux pagodes du temple bouddhiste Kaiyuan, le plus grand de tout le Fujian. Ses pagodes sont le symbole de la ville, car jusqu'au siècle dernier, les temples bouddhistes étaient les seules constructions en hauteur dans les villes chinoises. Les pagodes font 48 et 44 mètres de haut, les plus hautes du Fujian. Le hall principal date de la fin des Ming, et les deux pagodes respectivement de 1114 pour celle en pierre et 1238 pour celle en bois. Les arbres dans la cour centrale sont vieux de plusieurs siècles. Le temple présente quelques caractéristique tamoules, témoignage des relations avec le Sri Lanka bouddhiste. Fait étonnant, l'enceinte du temple inclut un petit musée naval.




Une des deux pagodes dans le jardin

La rue de l'ouest où est situé le temple traverse le vieux quartier de la ville. Il y a de nombreuses boutiques de toutes sortes, et il est facile de se perdre ensuite dans les ruelles autour, charmé par les détours qu'on peut y faire.

Zone artistique 1916 源和1916创意产业园 :

Faire le thé au Fujian, c'est tout un art qui permet de se poser, de prendre son temps et de partager

Ce quartier ressemble à Shapowei à Xiamen. Il est situé dans un ancien quartier industriel et est né après la réhabilitation en 2015 d'usines abandonnées de fruits confits, de voitures et de radios... La zone est piétonne et permet de profiter d'une ambiance très intime, au milieu d'un style industriel et de boutiques de créateurs. Ne ratez pas les fruits confits, ils sont délicieux. Vous pouvez aussi essayer de prendre un thé, ce qui engendre tout un cérémonial propre au Fujian : on y boit dans des tasses plus petites que des verres à shot un thé infusé quelques secondes dans une théière pas plus grosse qu'une tasse normale. Il faut avoir le temps !